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Paroles d'experts : la gestion des conducteurs vue par 3 dirigeants d’entreprises de transport

Difficultés de recrutement, turnover, absentéisme - la gestion des conducteurs n'est pas toujours chose aisée pour les transporteurs de voyageurs. Nous avons donc interviewé trois dirigeants de société – Stéphane Delcourt, Jonathan Margouët et Patrick Groussin – pour savoir comment cela se passe dans leur entreprise et quelles solutions ils mettent en place pour trouver les bonnes personnes et les fidéliser sur le long terme.

Quels sont les enjeux auxquels vous êtes confronté aujourd'hui ?

Patrick Groussin (Autocars Groussin) : Autrefois, on avait du mal à trouver des conducteurs, car peu de gens passaient leur permis bus. Aujourd’hui, en plus du manque de conducteurs, on est parfois confrontés à la problématique du turnover.

C'est un vrai problème pour nous, car nos besoins en recrutement sont encore plus grands qu'avant ! Avec le dynamisme de la région et  la croissance démographique liée qui a conduit à la création de nouveaux établissements scolaires, nos donneurs d’ordre cherchent en effet à développer le transport collectif. Et, bien sûr, il faut que cela suive de notre côté.

Pour répondre à cette problématique de recrutement, nous avons noué un partenariat avec Pôle Emploi et la région Pays de la Loire pour proposer des formations de conducteur à des demandeurs d’emploi. Chaque année, ce sont près de 600 personnes qui y participent et qui décrochent un emploi à l’issue de la formation.

Est-ce vraiment si compliqué de recruter et de fidéliser des conducteurs ?

Patrick Groussin : Cela dépend du segment sur lequel on opère.

Sur les lignes régulières et les lignes touristiques, il n’y a pas de difficultés particulières. Les problèmes de turnover et de recrutement se posent surtout pour les lignes urbaines et les circuits scolaires. Sur l’urbain, on est surtout confronté aux questions de sécurité et, sur le scolaire, c'est le temps partiel qui peut décourager ceux qui ont besoin de travailler à plein temps.

Au final, il est quand même très rare que les transporteurs ne puissent pas assurer leur service par manque de conducteurs. Ils trouvent toujours des solutions. Chez nous, par exemple, nous sommes neuf dans les bureaux à avoir le permis car, ce qui nous permet de pallier les absences si besoin !

Comment gérez-vous la problématique des conducteurs scolaires ?

Jonathan Margouët (DMA Dupasquier) : Comme nous avons une double activité de transport de voyageurs et de transport sanitaire, nous pouvons leur offrir des temps complets. Ils peuvent ainsi effectuer du transport scolaire quand il y a école et du transport sanitaire entre deux circuits ou pendant les vacances.

Patrick Groussin : En général, on propose à nos conducteurs scolaires des vacations de quatre heures par jour. On essaie de s’organiser pour que les contrats soient intéressants et que les gens n'aient pas à venir travailler juste pour une heure. Par ailleurs, au bout d’un an minimum, en fonction de nos possibilités, pour les conducteurs scolaires qui le souhaitent, nous sommes amenés à proposer des temps complets pour nos activités de lignes régulières et de tourisme.

Quelles qualités recherchez-vous chez un conducteur ?

Patrick Groussin : Cela va dépendre des postes qu'on leur propose.

Pour les conducteurs de ligne, on cherche des gens rigoureux, qui acceptent le côté répétitif des trajets et qui sont capables d'adapter leur conduite en ville et de faire le suivi d’encaissement.

Pour les circuits scolaires, on recherche des conducteurs flexibles, désireux d'apprendre les rudiments du métier (adaptation de la vitesse, découverte d'un itinéraire, prise en main de l’autocar). Ils doivent aussi avoir un bon relationnel avec les élèves.

Enfin, dans le tourisme, en plus de leur capacité à bien conduire, nos conducteurs doivent savoir s'organiser, avoir une vraie qualité relationnelle et, dans certains cas, on leur demande même de connaître une langue étrangère.

Quel est le profil des conducteurs aujourd’hui ?

Patrick Groussin : De manière générale, on constate que la moyenne d’âge des conducteurs est plutôt autour de 50 ans. 

Il y a deux raisons principales à cela.

Jusqu’à présent on a perdu un certain nombre de jeunes qui auraient pu être intéressés par le métier, mais qui devaient attendre l’âge de 21 ans avant de pouvoir passer le permis autocar. Aujourd’hui, avec l’adoption du décret abaissant l’âge minimal pour la conduite de certains véhicules lourds de transport en commun, on espère attirer davantage de jeunes gens !

Par ailleurs, le métier de conducteur est parfois un métier de reconversion. Les gens deviennent conducteurs de bus après 10 ou 15 ans d’une première activité.

Est-ce que le fait d'avoir atteint une taille critique change quelque chose sur le plan des RH ?

Stéphane Delcourt (Autocars Delcourt) : Dans un contexte de turnover important des conducteurs, le fait d’avoir une taille critique nous donne un avantage, celui d’avoir plutôt des candidatures d’avance.

Jonathan Margouët : Avant, nous gérions beaucoup de choses manuellement. Mais, même avec la meilleure volonté, quand on manage une centaine de conducteurs au quotidien, on ne peut pas tout le temps les appeler. Aujourd’hui, nous devons donc impérativement digitaliser notre organisation pour faire face à l’accélération du monde, mais sans oublier que, derrière le volant, il y a des êtres humains.

Comment accompagnez-vous les conducteurs lorsqu'ils intègrent votre entreprise ?

Jonathan Margouët : Nous les accompagnons dès leur entrée dans l’entreprise. Nos parcours d’intégration durent trois jours : accueil en entreprise, immersion sur le terrain, rappel des procédures, des contrats, etc. Nous voulons qu’ils apprennent à agir et à réagir quand ils seront seuls sur la route.

Stéphane Delcourt : Bien faire notre métier est notre priorité et cela passe notamment par le fait de bien former les conducteurs : les recevoir, leur expliquer les itinéraires et toutes ces choses dont on ne parle pas, mais qui sont très importantes.

Que faites-vous pour les fidéliser ?

Jonathan Margouët : Au-delà du salaire, il y a aussi la considération. Nous les traitons comme des êtres humains, et non pas comme des machines.

Patrick Groussin : Nous essayons surtout d’être attentifs. Nos bureaux sont toujours ouverts : le chauffeur pousse la porte et je le reçois. La rémunération est faible du fait du temps partiel, donc, pour les fidéliser, il faut compenser avec un très bon relationnel et de bonnes conditions de travail.

Est-ce que les outils de digitalisation vous aident à fidéliser vos conducteurs ?

Jonathan Margouët : Certains conducteurs regrettent de perdre la relation humaine avec les exploitants, et c’est vrai... Mais, depuis septembre 2020, nous mettons à leur disposition l’outil d’aide à la conduite de PYSAE et ils sont vraiment enchantés, car il arrive qu’ils connaissent mal la ligne sur laquelle ils conduisent.

Patrick Groussin : Nous utilisons PYSAE depuis plusieurs années et nos conducteurs de lignes ne pourraient plus s'en passer ! C'est un plus pour les fidéliser, car PYSAE leur apporte un vrai confort de travail et les aide à monter en compétence. Cela vaut aussi bien pour les chauffeurs des lignes régulières que ceux des lignes touristiques.

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