Métier

Pénurie de conducteurs, un défi RH incontournable

Le problème n’est pas récent : recruter des conducteurs de bus n’est pas chose facile et les fidéliser non plus, ce qui entraîne un turnover important dans beaucoup d’entreprises et peut mettre en péril la qualité de service. Quelles sont les raisons de ce phénomène et surtout quelles solutions les dirigeants et leur responsables Ressources Humaines ont-ils à leur disposition pour réussir à attirer les candidats vers ce métier pourtant diversifié, qui allie  plaisir de la conduite, relationnel client et responsabilités ? Pysae fait le point.

Un contexte global de pénurie de conducteurs

Le métier de conducteur en chiffre

Les transports routiers voyageurs en France comptent aujourd’hui entre 200 000 et 250 000 conducteurs, dont 10,5 % sont des femmes. Un nombre important mais pourtant insuffisant, puisque la pénurie de conducteurs de bus et d’autocars est un phénomène qui persiste depuis de nombreuses années. Dans son enquête annuelle sur la pénurie de conducteurs, l’IRU (Union internationale des transports routiers) évoquait 17% de postes de conducteurs d’autobus et d’autocars vacants en Europe et dans la CEI. Une pénurie de conducteurs moins inquiétante en 2020 qu’en 2019 en raison des besoins de conducteurs moins importants du fait de la pandémie, mais qui risque de s’intensifier à nouveau en 2021, au fur et à mesure que les entreprises de transports reprendront leurs activités. 

Ce phénomène n’est pas limité à la France, puisque le manque de conducteurs est une préoccupation mondiale, qui pèse sur la mobilité des territoires et sur le commerce. 

Une pénurie de conducteurs scolaires

En France, deux millions d'enfants prennent les transports scolaires chaque jour. Mais depuis des années, les conducteurs de bus manquent : en 2019, quelques semaines avant la rentrée, il manquait encore 6000 conducteurs scolaires aux communes françaises. Devant cette difficulté à recruter et pour remédier au problème, les solutions d’urgence sont de mise : fermeture de lignes régulières grand-public pour affecter les lignes scolaires en priorité, bus surchargés, ou encore embauche de conducteurs étrangers ne parlant pas le français… Des “béquilles” dont les collectivités ne peuvent se contenter, nécessitant la recherche de solutions pérennes. 

Si ce sont principalement les conducteurs de bus scolaires qui manquent à l’appel, c’est parce que c’est ainsi que les conducteurs font leur classe : un conducteur commence en général par le scolaire, et acquiert ainsi l’expérience de la route. Très souvent donc, les problèmes de recrutement se ressentent sur le secteur scolaire.

Un problème renforcé avec la crise sanitaire

Activité touristique au point mort, écoles fermées, voyages limités… La pandémie a entraîné un ralentissement sans précédent du transport. Sans travail, de nombreux conducteurs de bus et autocars ont pris des décisions : devenir conducteurs poids lourds, changer de métier ou partir à la retraite… Le nombre de conducteurs a donc encore baissé, ce qui inquiète certains dirigeants de société de transports. Quelles seront les conséquences de la crise sur ce secteur où le recrutement était déjà un enjeu majeur ? La rentrée scolaire 2021 s’annonce d’ores et déjà complexe. 

Difficultés de recrutement et fidélisation : les causes et défis RH

Comme tous métiers, celui de conducteur implique certaines contraintes : une responsabilité importante en matière de sécurité, un métier assez routinier lorsqu’il s’agit de lignes urbaines et interurbaines régulières, et des dangers possibles dans les zones urbaines à risque. À cela s’ajoutent d’autres facteurs majeurs, qui expliquent aussi les difficultés de recrutement et de fidélisation : les horaires, notamment le temps partiel, l’âge minimum requis et la faible rémunération.

Le temps partiel : un frein majeur

Si les transports touristiques, urbains et interurbains nécessitent des postes à temps plein, ce n’est pas le cas des transports scolaires. En effet, en tant que conducteur de bus scolaire, il faut se lever tôt pour travailler peu : il faut être présent le matin pendant 2h puis à nouveau le soir, pendant 2h environ également. Ce sont des horaires coupés, qui mobilisent les personnes tous les jours de la semaine sans leur garantir un nombre d’heures travaillées suffisant pour assurer un revenu complet. Patrick Groussin, dirigeant d'Autocars Groussin, une compagnie de bus historique de Loire-Atlantique, explique : “La rémunération sur le scolaire est faite à la vacation. Une vacation minimum chez nous est de deux heures : il a donc une vacation de quatre heures par jour, en enchaînant le ramassage des primaires puis des collèges. Les autorités organisatrices s’organisent avec les établissements pour que les horaires soient compatibles et nous essayons de faire au mieux pour que les conducteurs ne viennent pas travailler que pour une heure.”  

Ce temps partiel engendre donc une faible rémunération, de 750 euros par mois en moyenne. Si le travail à temps partiel peut intéresser certaines personnes qui cherchent un complément d’activité, cela reste mineur, et la recherche d’un temps plein pousse donc les candidats à rechercher un autre type de poste ou à n’accepter ce type de contrat que de manière provisoire. 

21 ans : l’âge minimum pour avoir son permis bus

L’âge moyen des conducteurs est de 49 ans et augmente d’année en année : la part des salariés du transport routier de voyageurs âgés de plus de 50 ans est aujourd’hui de 57 % selon la FNTV.  Cela engendre un besoin de renouvellement des conducteurs tous les ans, qui a du mal à être comblé, notamment du fait que la profession peine à attirer les plus jeunes. Et pour cause, l’âge d’accès au permis D est aujourd’hui de 21 ans dans le cadre d’une formation longue et de 23 ans avec une formation courte. Ces années entre leur majorité et l’accès au permis est un frein pour les jeunes ayant une vocation de conducteur : obligés d’attendre, ceux-ci se dirigent vers un autre métier puis changent finalement d’orientation. Autre problème : se contenter d’un temps partiel au début de sa vie active est compliqué. Les jeunes recherchent des temps pleins, et c’est plutôt dans une deuxième partie de vie ou lors d’une reconversion que les temps partiels sont alors recherchés. 

Une faible rémunération

Aujourd’hui, la rémunération des conducteurs de bus est calculée selon les grilles des salaires de la convention collective nationale des transports routiers et activités auxiliaires du transport. Le salaire médian des conducteurs de bus en France est de 21 389 € par an ou 10.97 € par heure. Les débutants commencent en moyenne à 20 558 € par an, soit environ le SMIC, auquel s’ajoutent les primes pour travail de nuit, dimanches et jours fériés. Les plafonds sont donc bas et les opérateurs de transport peinent à dépasser les minimaux requis. La rémunération peut paraître faible compte tenu des responsabilités et des conditions de travail, ce qui peut freiner considérablement la motivation des candidats. 

Un transfert de conducteurs en cas de changement d’attributaire difficile à appliquer

Après un appel d’offre, lorsqu’un marché change d’attributaire, le transfert des conducteurs n’est pas automatique. Même si cela serait nécessaire à la continuité du service public, il s’agit d’une disposition engageant des acteurs privés, complexe à mettre en place, d’autant plus dans un contexte de tension sur le recrutement. Pourtant, le transfert automatique de personnel dans l'interurbain a été rendu possible par la Loi d'orientation des Mobilités et approuvé par l'ensemble des partenaires sociaux en juin dernier. Il sera effectif lorsque le ministère du travail aura donné son aval. Cela pourrait éviter certaines déconvenues lors de transferts de marchés importants.  

Quels sont les leviers d’attractivité et de fidélisation des conducteurs de bus et d’autocars ?

Heureusement, malgré les contraintes, des solutions voient le jour et certaines entreprises, qui grâce à la diversité de leurs activités et la qualité de leur management sont moins concernées par ces problématiques, peuvent être source d’inspiration. 

Abaissement de l’âge minimum des conducteurs professionnels à 18 ans

Aujourd’hui, 21,8% des jeunes âgés de 15 à 24 ans en France n’ont pas d’emploi  tandis que 19% des postes de conducteurs d’autobus et d’autocars en Europe sont vacants. L’IRU ainsi que les fédérations de transport de voyageurs comme la FNTV en France, appellent depuis longtemps les gouvernements à abaisser l’âge minimum requis des conducteurs de bus à 18 ans. Une mesure simple, qui pourrait atténuer les pénuries de conducteurs en dirigeant directement les jeunes vers un CAP Agent d'accueil et de conduite routière.

Bonne nouvelle : le mois dernier, la FNTV, qui travaillait depuis plus de deux ans avec le Ministère des Transports pour l’abaissement de l’âge d’accès au permis D, a annoncé la publication du décret de cette réforme le 2 mai 2021. C’est désormais une réalité : l’âge requis pour l’obtention d’un permis bus pour les transports en commun sera bientôt abaissé à 18 ans. 

Des formations proposées par Pôle Emploi

Employeurs, FNTV et Pôle Emploi ont mis en place des actions combinées afin de proposer des formations rémunérées aux conducteurs. Pour en bénéficier, il faut être demandeur d’emploi. La formation, intitulée “Titre professionnel conducteur de transport en commun sur route” dure environ 3 mois, selon les centres de formations

On y apprend la conduite, la sécurité et elle permet parfois une immersion avec un conducteur, afin d’avoir une première expérience sur le terrain et ainsi appréhender les contraintes du métier. C’est une formule avantageuse car l’employeur s’engage : toute personne ayant suivi la formation est embauchée ensuite. La période de formation est prise en charge et à l’issue de la formation, les inscrits à pôle emploi peuvent cumuler leur droit au chômage et l’activité partielle : un bon tremplin pour se réinsérer dans le marché du travail. 

Patrick Groussin a mis en place ce dispositif : “Nous sommes la seule région en France proposant 600 personnes formées par an pour alimenter les entreprises du Pays de la Loire. Cela marche très bien et le niveau de fidélisation est de 70 voire 75 % cinq ans après avoir passé le permis.”

Diversification de l’activité et des services proposées par les opérateurs de TRV

Autre facteur clé de succès dans le recrutement pour les entreprises : la capacité à proposer un temps plein. Cela est notamment possible grâce à la diversification des activités. DMA Dupasquier par exemple, PME familiale basée à Pont à Mousson, dont l’activité historique était le transport de voyageurs, a décidé de renforcer son activité de transport sanitaire, principalement par des rachats de structures. Cette diversification représente un réel avantage en matière de gestion des ressources humaines. Jonathan Margouët, directeur général, explique : “Nous pouvons proposer à nos conducteurs scolaires des temps complets, alors même que le contrat CPS ne leur garantit que 180 jours de travail par an. Chez nous, ils peuvent effectuer du transport scolaire quand il y a école et du transport sanitaire pendant les vacances. Grâce à cette complémentarité et contrairement à d’autres, nous n’avons pas de difficultés à recruter des conducteurs scolaires.” 

Même chose chez les Autocars Groussin, qui assurent également un service régulier de lignes interurbaines et des voyages longue distance : les conducteurs ayant commencé par un temps partiel dans le scolaire peuvent espérer, au bout d’un an, accéder à un poste à temps plein en passant sur une autre activité.  

Enfin, employeurs et collectivités essaient aussi parfois de combiner différentes missions, pour éviter les coupures dans le temps de travail et proposer des temps pleins grâce à des emplois complémentaires (surveillance de cantine, relevés de compteurs, etc.).

Un management axé sur la qualité de la relation

Sur un poste comme celui de conducteur, qui impose d’être isolé de son équipe et dont la rémunération est relativement faible, la qualité de la relation avec les managers est essentielle. D’autant plus qu’aujourd’hui, avec la concentration des acteurs du transport, les équipes grossissent et cela exige des dirigeants plus d’implication pour garder le lien individuel avec chacun des conducteurs. Mais les entreprises familiales s’y attachent et sont donc peu touchées par le turnover. Jonathan Margouët insiste sur ce point : “Nous accompagnons le conducteur dès son entrée dans l’entreprise. Nous n’avons pas à nous plaindre du turnover car nous essayons de fidéliser les salariés. Au-delà du salaire, il y a aussi la considération. Nous les traitons comme des êtres humains, et non pas comme des machines.” 

Séminaires, événements festifs… Créer du lien en dehors des horaires classiques de travail est aussi une piste pour favoriser le sentiment d’appartenance à l’entreprise.

Des outils pour faciliter le travail au quotidien

Offrir de bonnes conditions de travail aux conducteurs est également un bon vecteur de fidélisation. Grâce aux SAEIV, et aux fonctionnalités d’aide à la conduite, les conducteurs réalisent leurs missions avec plus de sérénité. Patrick Groussin témoigne : “Aujourd’hui revenir en arrière serait impossible, nos conducteurs sont trop attachés à PYSAE”. 

En effet, pour les conducteurs, un SAEIV est particulièrement rassurant : ils choisissent leur course sur PYSAE et n’ont qu’à suivre l’itinéraire, même en cas de changement de trajectoire. PYSAE est également un excellent moyen de faciliter la montée en compétence des jeunes conducteurs fraîchement recrutés, ou de rendre les remplaçants opérationnels en cas d'absentéisme : ils sont guidés par l’application. La fonctionnalité de comptage automatique des voyageurs facilite également la tâche des conducteurs.  De plus, la capacité de PYSAE de s’interfacer avec les différents systèmes embarqués à bord des véhicules permet aussi aux conducteurs de ne pas à avoir à initialiser plusieurs outils à chaque nouvelle course... Un confort non négligeable. 

Pour conclure

La pénurie de conducteurs de bus et d’autocars fait grand bruit et semble depuis de nombreuses années sans solution. La promesse d’un permis D accessible à 18 ans, assortie de dispositifs de formations financées permettent d’envisager des jours meilleurs. Mais plus globalement, les nouvelles exigences de qualité de service des collectivités devraient permettre aux dirigeants d’entreprise de sortir d’une logique de course au prix et de revoir leurs organisations afin d’offrir aux conducteurs de meilleures conditions de travail, et ainsi attirer davantage de bons profils. En effet, une rémunération valorisée et un bien-être au travail amélioré pourraient être des leviers forts d'attractivité et de fidélisation des conducteurs.

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