Interviews

Parole d’expert : Benjamin Bertelle, responsable digital clients chez Transdev Région Bretagne – Pays de Loire – Centre-Val de Loire

Chez PYSAE, nous avons amorcé une démarche de recueil et de partage du savoir. Voilà pourquoi nous menons régulièrement des interviews avec des acteurs et experts dans les domaines du transport et des systèmes d’information liés au transport. Cette fois-ci, nous avons interviewé Benjamin Bertelle, responsable digital clients chez Transdev Région Bretagne – Pays de Loire – Centre-Val de Loire. Benjamin nous a notamment parlé de gestion de projets numériques, de Systèmes de Transport Intelligents, de digitalisation et d’ouverture des données. Voici une synthèse de nos échanges.


Benjamin, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

B.B. : Cela fait onze ans que je travaille dans le secteur du transport. J’ai commencé ma carrière chez Keolis à Rennes d’abord comme développeur, puis comme chef de projet.

En 2018, j’ai intégré Transdev et je suis aujourd’hui en charge du digital client, principalement pour des contrats interurbains. Le rôle de mon équipe, c’est de trouver, pour le compte des filiales de la région, des solutions digitales répondant aux besoins des clients institutionnels et des voyageurs.

Nous intervenons principalement lors des appels d’offres et dans la conduite des projets. Notre objectif, c’est de trouver des outils adaptés aux exigences de l’autorité organisatrice, mais aussi de préparer toute la démarche projet, de nous assurer du bon respect de nos engagements, et d’accompagner le réseau en cas de sujets bloquant ou de refonte des processus.

Je fais aussi beaucoup de veille et de recherche technologiques.

Sur quelles lignes comptez-vous déployer PYSAE ?

B.B. : Nous sommes en train de déployer PYSAE sur les 135 véhicules du réseau interurbain d’Eure-et-Loir (REMI 28) et, dans les prochains mois, nous comptons équiper 160 cars supplémentaires dans le Loiret.

Pourquoi avoir opté pour PYSAE ?

B.B. : Il y a plusieurs raisons à cela.

Tout d’abord, nous connaissions PYSAE grâce au contrat-cadre que vous avez signé avec Transdev en 2019.

Ensuite, nous avons été séduits par le fait que votre SAEIV soit accessible via smartphone. Cela s’intégrait parfaitement à la démarche du conducteur connecté dans laquelle Transdev s’est engagé en 2021. Aujourd’hui, on fournit un smartphone professionnel à nos conducteurs dans certaines entreprises. En y intégrant en plus le SAE de PYSAE, le téléphone portable devient un véritable compagnon du quotidien pour nos conducteurs.

Enfin, il y a une raison fonctionnelle. PYSAE nous apporte non seulement les mêmes services que certaines solutions historiques, mais il nous apporte en plus de nouvelles fonctionnalités, par exemple en nous permettant de superviser l’exploitation en temps réel depuis un navigateur web. Au vu de la roadmap d’évolution particulièrement dynamique de PYSAE, on sait que ces fonctionnalités vont encore évoluer. Or nous recherchions justement un partenaire capable de nous aider de manière proactive.

Comment se passe la mise en service de PYSAE dans l’Eure-et-Loir ?

B.B. : Plutôt bien.

Pour le moment, on se concentre sur les conducteurs, car, sans eux, rien ne se passe. Nous avons donc déployé PYSAE dans une cinquantaine de véhicules et ce que l’on constate déjà, c’est que les conducteurs le lancent davantage que certains SAEIV lourds. On pense que l’accessibilité par smartphone, mais aussi la valeur ajoutée PYSAE (avance-retard, guidage GPS) y sont pour beaucoup.

Les exploitants ne se sont pas encore complètement emparés de la plateforme (ils sont encore dans la phase de lancement de la production). Mais ils se rendront compte de son potentiel à la rentrée, lorsqu’ils réaliseront que PYSAE, c’est un véritable back-office qui leur permet de traiter plus efficacement un grand nombre de données et surtout de détecter les écarts entre l’offre théorique et la réalité et gommer ainsi les erreurs réalisées sur le terrain, notamment celles qui nous mettent en porte-à-faux vis-à-vis de l’autorité organisatrice.

Que va apporter PYSAE à vos clients ?

B.B. : Pour moi, c’est le gros plus de PYSAE. Grâce à PYSAE, les voyageurs du Centre-Val de Loire auront bientôt accès au temps réel depuis le SIM régional. Quant à l’autorité organisatrice, elle apprécie particulièrement de pouvoir suivre directement tout ce qui se passe sur son réseau sans avoir à installer un outil compliqué.

Pouvez-vous nous décrire votre chaîne informatique et quelle est la place de PYSAE dans cette chaîne ?

B.B. : Désormais, dans l’Eure-et-Loir, nous avons à bord des véhicules un SAE PYSAE sur smartphone, qui pilote un SIV Lumiplan lequel pilote une billettique AEP fournie par la région. Les systèmes sont connectés ensemble et avec l’extérieur grâce à un modem dédié.

Dans ce système, la place du SAE de PYSAE est centrale, parce que tout dépend de lui (c’était d’ailleurs une exigence de la région d’avoir un SAE qui pilote le SIV et la billettique). Par exemple, sans SAE dans le véhicule, on ne peut pas mettre d’informations voyageurs en temps réel sur les écrans et le conducteur passe son temps à saisir son matricule ou sa ligne, ce qui, à la longue, est très pénible. Niveau exploitation, c’est la même chose : sans SAE nouvelle génération, on ne peut pas calculer nos départs manqués, notre ponctualité contractuelle, nos pénalités, nos bonus, etc.

Pour moi, le SAEIV, c’est les yeux des Méthodes sur le terrain. Les Méthodes font la théorie ; le SAEIV, la pratique. Pour confronter la théorie et la pratique, il suffit de remonter ce que dit le SAEIV.

Selon vous, quels sont les principaux enjeux du marché du transport de voyageurs sur le plan digital ?

B.B. : Il y a d’abord un enjeu de conformité légale liée à la LOM. Le 1er décembre 2021, tous les réseaux de transport devront avoir publié leurs données temps réel. Cela, PYSAE l’a bien compris et, pour nous, c’est absolument essentiel. On sait que les connecteurs fournis par PYSAE peuvent être publiés en un clic sur le PAN et, surtout, on peut certifier à l’autorité organisatrice qu’elle sera en conformité vis-à-vis de la loi.

La digitalisation, et notamment celle du métier de conducteur, est un autre enjeu important. La démarche de conducteur connecté que j’ai évoquée plus haut a pour objectif de redonner de la valeur au métier dans un contexte de pénurie récurrente. Être conducteur, c’est compliqué et souvent solitaire. On fournit donc à nos conducteurs tous les outils pour que leur quotidien se passe le mieux possible, qu’ils soient heureux de travailler pour Transdev et qu’ils puissent ainsi avoir des éléments de valeur différenciants par rapport à la concurrence.

Un autre enjeu, c’est l’amélioration des réseaux. Un SAEIV nous permet, par exemple, de voir là où l’on prend systématiquement du retard. Est-ce que c’est tous les jours ou uniquement le lundi ? Est-ce parce qu’il y a un marché ou parce qu’il y a 20 montées à cet arrêt et que tous les voyageurs achètent leur ticket à bord ? Dans le premier cas, on pourra dévier la ligne et, dans le second, on envisagera des actions ciblées de marketing pour encourager les abonnements. Dans notre relation avec l’autorité organisatrice, l’amélioration continue des réseaux, c’est un point crucial, surtout lorsqu’elle nous permet de mieux satisfaire les voyageurs et de leur faire économiser de l’argent.

Comment mettez-vous en place l’ouverture des données ?

B.B. : Cela dépend de nos clients.

Les régions ne souhaitent pas que nous publions nous-mêmes les données sur le Point d’accès national (PAN). Elles souhaitent en effet agréger toutes les données du réseau régional avant de les publier sur le PAN. On envoie donc le temps théorique au SIM régional et on lui fournit l’URL du temps réel lorsqu’il est ouvert. Le SIM régional gère la partie intégration, moissonnage et publication.

À l’inverse, les Autorités organisatrices des huit réseaux urbains que l’on gère nous demandent de publier directement nos données temps théorique et temps réel sur le PAN. On ouvre donc les données et tous les outils tiers viennent les consommer directement sur le Point d’accès national.

Comment faites-vous pour garantir la qualité de la donnée ?

B.B. : On a un principe de base : on ne fait pas le travail deux fois quand on gère de la donnée. On travaille donc un seul fichier source dans l’outil métier Transdev et on extrait les données dans le format standard GTFS. Quand il y a une erreur, le pôle « Études et méthodes » la corrige à la source et on la réplique sur toute la chaîne. On vise le « 100 % qualité ». Par exemple, on ne lance plus de projet si les données ne sont pas de qualité ; on commence par tout mettre au propre.

Selon vous, quels seront les usages de demain en matière de digitalisation ?

B.B. : Ce que l’on constate, c’est que le métier d’exploitation de réseau de transport est en train de changer.

Historiquement, quand on avait une DSP, on s’occupait des véhicules, du SAE, de la vente, du marketing, etc. Aujourd’hui, les régions ont repris la main sur certains sujets comme le site Internet ou les calculs d’itinéraires. Dans dix ans, il est possible qu’on ne mènera même plus de projet billettique parce que tout le monde paiera en open payment avec une facture à la fin du mois. Or, cela, des Google ou des Amazon pourraient s’en charger sans problème.

Les transporteurs doivent donc valoriser la part de leur valeur ajoutée qui n’est pas transférable, à savoir le transport et l’accompagnement des autorités organisatrices. Au-delà du rôle de transporteur, et de gestionnaire des recettes, nous avons aussi un rôle de conseil auprès des autorités organisatrices pour les aider à améliorer le service public de transport, car nous sommes des acteurs de proximité et des partenaires locaux. Cela, ni les entreprises de nouvelles technologies ni les data scientists ne sont aujourd’hui capables de le faire.

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