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Les 10 plus grands réseaux de transport urbain en France : classement 2026

publié le
September 17, 2026
Bus connecté

Il n'existe pas de classement officiel des réseaux de transport urbain français. Ni le GART, ni l'UTPF, ni le ministère ne publient de palmarès nominatif. Ce classement est donc une construction éditoriale, assumée comme telle : il s'appuie sur les chiffres de fréquentation 2024, dernière année complète documentée réseau par réseau, et il indique pour chaque ligne l'unité de mesure et l'année. C'est précisément là que se joue l'exercice, parce qu'un classement des réseaux français change complètement selon ce qu'on décide de compter.

Le classement 2026, fréquentation 2024

# Réseau AOM Exploitant Fréquentation Unité
1 Île-de-France Île-de-France Mobilités RATP, SNCF, Keolis, Transdev, ~90 opérateurs 4 429 M voyages 2024
2 TCL (Lyon) SYTRAL Mobilités Keolis Bus Lyon, RD Lyon 519 M voyages 2024
3 ilévia (Lille) Métropole Européenne de Lille Keolis 209,3 M voyages 2024
4 Tisséo (Toulouse) Tisséo Collectivités Tisséo Voyageurs 205,8 M validations 2024
5 TBM (Bordeaux) Bordeaux Métropole Keolis (KBM) 186 M voyages 2024
6 RTM (Marseille) Métropole Aix-Marseille-Provence RTM (régie) 184 M voyages 2024, périmètre élargi
7 TAN (Nantes) Nantes Métropole SEMITAN 154,1 M voyages 2024
8 CTS (Strasbourg) Eurométropole de Strasbourg CTS 138,3 M voyages 2024
9 TaM (Montpellier) Montpellier 3M TaM (SPL) 111,4 M voyages 2024, réseau gratuit
10 Lignes d'Azur (Nice) Métropole Nice Côte d'Azur Régie Ligne d'Azur 106 M voyages 2023

Quatre lignes de ce tableau méritent un astérisque. Elles disent plus sur l'état réel du secteur que le classement lui-même.

1. Île-de-France : 4,4 milliards de voyages, et un problème d'échelle

Avec 4 429 millions de voyages en 2024, contre 4 167 millions en 2023, l'Île-de-France pèse 8,5 fois Lyon et plus de 20 fois Lille. Aucun graphique en barres ne survit à cet écart : soit on passe en échelle logarithmique, soit on sort l'Île-de-France du classement. C'est d'ailleurs la convention de l'UTPF, dont les indicateurs de conjoncture excluent explicitement le réseau RATP parisien.

Le détail 2024 publié par l'INSEE est utile pour comprendre la structure du trafic francilien : réseau RATP 3 082 M de voyages (métro 1 476 M, RER 507 M, bus Paris 215 M, bus banlieue 564 M, tramways 321 M, bus grande couronne 418 M), réseau SNCF 891 M, tramways exploités par d'autres opérateurs 26 M.

Deux précautions. D'abord, 2024 est une année atypique en Île-de-France : Jeux olympiques et paralympiques, prolongements du T3b, du RER E, des lignes 11 et 14, automatisation de la ligne 4. La croissance de +6,3 % n'est pas reproductible. Ensuite, malgré cette année exceptionnelle, le trafic reste inférieur à 2019. Le rattrapage post-Covid n'est pas terminé sur le réseau le plus dense d'Europe.

Côté budget, Île-de-France Mobilités vote pour 2026 un budget d'environ 16,9 Md€, dont 12,6 Md€ de fonctionnement (+6 % sur 2025) et 4,3 Md€ d'investissement.

2. Lyon : le record absolu, et une équation financière qui se tend

Le réseau TCL a franchi 519 millions de voyages en 2024, au-dessus du précédent record de 2019 (500 M). Répartition modale : métro et funiculaires 46 %, tramway 34 %, bus 20 %. En 2025, SYTRAL Mobilités communique sur « près de 2 millions de voyages par jour » et 530 000 abonnements actifs.

Le sujet lyonnais n'est pas la fréquentation, c'est le financement. Pour 2026, le syndicat projette 730 M€ de dépenses de fonctionnement pour 320 M€ de recettes d'exploitation, un versement mobilité au-dessus de 510 M€, un emprunt de 630 M€ et une dette de fin d'année à 1,84 Md€, soit une capacité de désendettement de 7,2 ans contre 6,9 ans en 2025. Le record de trafic et la tension budgétaire arrivent ensemble, ce qui n'est pas un paradoxe : plus de voyages, c'est plus de production kilométrique à financer, et les recettes tarifaires ne suivent pas au même rythme.

À noter aussi : depuis le 1er janvier 2025, l'exploitation est allotie entre Keolis Bus Lyon (bus et trolleybus), RD Lyon (métro, tramway, funiculaires) et une SPL dédiée à la relation usagers. Toute série historique lyonnaise se lit désormais en gardant ce découpage en tête.

3. Lille : le seuil des 200 millions franchi

209,3 millions de voyages en 2024 contre 198,5 millions en 2023, soit +5,4 % et le plus haut niveau depuis la création du réseau. ilévia s'appuie sur deux lignes de métro automatique VAL, une ligne de tramway à deux branches et plus de 80 lignes de bus, avec une flotte bus passée intégralement au GNV. Keolis a été reconduit pour sept ans, jusqu'au 31 décembre 2031. La MEL dessert 1,21 million d'habitants et perçoit 309,95 M€ de versement mobilité en 2025.

4. Toulouse : l'écart de 44 % qui explique tout le reste

Tisséo est le réseau le mieux documenté du panel, et c'est ce qui le rend précieux. Dans le même document « Chiffres clés 2024 », Tisséo Collectivités publie 205,81 millions de validations et 143,1 millions de déplacements. Même réseau, même année, 44 % d'écart.

La raison est simple. Une validation est un passage de titre devant un valideur. Un voyage est un trajet sur un mode. Un déplacement est un trajet d'origine à destination, correspondances incluses. Un réseau structuré autour d'une colonne vertébrale lourde, avec beaucoup de rabattement bus vers le métro, génère mécaniquement plus de validations par déplacement qu'un réseau de surface. À Toulouse, le métro concentre 57 % des déplacements.

Conséquence directe pour la lecture du classement : Toulouse est classé en validations, Lille et Bordeaux en voyages. Ces deux lignes ne sont pas strictement comparables, et l'écart potentiel est du même ordre de grandeur que l'écart de rang entre elles. C'est la limite structurelle de tous les classements de réseaux publiés en France.

Pour le reste, Toulouse en 2024 : 2 lignes de métro (27,1 km, 116 rames), 1 ligne de tramway, 163 lignes de bus (585 véhicules), le téléphérique Téléo, un budget de fonctionnement de 628,7 M€ et 864,3 M€ d'investissement, sur un ressort territorial de 114 communes et 1,1 million d'habitants.

5. Bordeaux : 186 millions de voyages

Le réseau TBM atteint 186 millions de voyages en 2024, contre 174 millions en 2023. Six lignes de tram, 63 lignes de bus régulières, trois liaisons fluviales, 29 parcs-relais, 3 010 collaborateurs dont 1 910 conducteurs. La DSP confiée à Keolis Bordeaux Métropole Mobilités court jusqu'au 31 décembre 2030.

6. Marseille : le réseau dont la croissance est d'abord un périmètre

Le cas marseillais est le plus piégeux du classement, et il illustre un phénomène qui touche aujourd'hui la moitié des grandes AOM françaises.

En 2024, la RTM publie deux chiffres : 153,6 millions de voyages sur le réseau urbain historique (métro, bus, tram), en hausse de 5 % sur 2023, et 184 millions sur le périmètre élargi, après l'absorption de la RDT13 au 1er janvier 2024. Puis le rapport d'activité 2025 annonce 240 millions de voyages tous modes, alors que la somme des composantes publiées (métro 76,2 M de validations, bus Marseille 64 M, tramway 22,7 M, interurbain 8,4 M) atteint 171,3 M.

Autrement dit : entre 2023 et 2025, le réseau marseillais affiche une progression de 146 à 240 millions, dont l'essentiel est un effet de périmètre et un changement d'unité, pas une croissance de trafic. Opposer ces chiffres sans précaution, c'est raconter une histoire fausse.

Le même phénomène joue à Grenoble, où la marque TAG a disparu le 2 septembre 2024 au profit de M réso, avec intégration du Grésivaudan puis du Pays Voironnais. La série est cassée, et aucun total annuel 2024 ou 2025 n'a été publié depuis.

7. Nantes : 154 millions de voyages, au-dessus de 2019

154,1 millions de voyages en 2024, +5,5 % sur 2023, au-dessus du niveau pré-Covid. La SEMITAN exploite 3 lignes de tramway (44 km), 2 lignes de Busway, 8 lignes Chronobus, 43 lignes de bus et 3 navettes fluviales, avec 543 véhicules et 2 285 salariés, pour 67,3 M€ de recettes d'exploitation.

Nantes détient aussi le record du versement mobilité par habitant du panel : 318,50 €/hab. en 2025, devant Rennes (313,09 €) et Bordeaux (289,78 €), très loin devant Nice (176,66 €). Cet indicateur en dit souvent plus long sur l'effort de mobilité d'un territoire que le budget brut, même s'il dépend d'abord de la masse salariale locale.

8. Strasbourg : le seul chiffre 2025 complet du panel

La CTS a publié 140,2 millions de voyages en 2025, contre 138,259 millions en 2024, soit +1,4 % et une moyenne de 514 000 voyages par jour. C'est le seul réseau du top 10 à disposer d'une donnée annuelle 2025 officielle et complète au moment où nous écrivons.

Strasbourg affiche également l'un des taux de couverture les plus lisibles du secteur : 35,9 % des charges d'exploitation couvertes par les recettes clients (64,1 M€ de recettes pour 172,7 M€ de contribution de l'Eurométropole), sur 19,98 millions de kilomètres parcourus. Six lignes de tram, dont une transfrontalière vers Kehl, 509 véhicules, 1 900 salariés, 202 000 abonnés.

9. Montpellier : pourquoi ce chiffre ne se compare à rien

111,4 millions de voyages en 2024 contre 59,1 millions en 2023. +88 % en un an. Ce chiffre est exact et totalement trompeur.

La gratuité totale pour les résidents de la métropole est entrée en vigueur le 21 décembre 2023. Le quasi-doublement ne mesure pas une explosion du trafic : il mesure surtout un changement de nature de la donnée, le passage d'un décompte de titres payants à un décompte de validations de pass gratuits, avec un taux de validation et un périmètre différents. Il y a bien un report modal réel derrière, la vice-présidence aux transports évoque un retour au niveau 2019 majoré d'environ un tiers, mais l'ordre de grandeur affiché n'est pas celui-là.

Montpellier est donc une ligne à traiter en encadré, pas en ligne de tableau brute. Et le problème va s'étendre : chaque réseau qui bascule vers la gratuité, totale ou partielle, casse sa propre série statistique et sort du champ de comparaison des autres.

10. Nice : le réseau qu'on ne peut pas classer proprement

Dernier chiffre annuel sourcé pour Lignes d'Azur : 106 millions de voyages en 2023, contre 100 millions en 2022. Aucun total annuel 2024 ou 2025 n'a été publié. Le seul indicateur récent disponible est « environ 400 000 voyages par jour » depuis fin 2024, avec une hausse d'environ 40 % des abonnements entre 2023 et 2025.

Annualiser ces 400 000 voyages quotidiens donnerait un ordre de grandeur de 120 à 130 millions, ce qui ferait remonter Nice. Mais ce serait une estimation, pas un chiffre sourcé, et nous ne la faisons pas. Nice figure donc au 10e rang avec un chiffre 2023 explicitement signalé.

Juste derrière

Rennes avec 103 millions de voyages en 2024 est le premier candidat sorti, et le réseau progresse vite : Keolis a été reconduit pour 2026-2032 sur une DSP de 1,33 Md€ d'exploitation et 522 M€ d'investissements, avec un objectif de 130 millions de voyages en 2032. Sur un classement 2024 strict, Rennes prend la 10e place et Nice sort faute de donnée récente.

Grenoble affichait 84 millions de voyages en 2023, mais la refonte M réso de septembre 2024 rend toute comparaison ultérieure inexploitable en l'état.

Ce que ce classement ne dit pas

Le volume brut récompense la taille du ressort territorial, pas la performance. Rapportée à la population desservie, la hiérarchie se retourne : Strasbourg réalise environ 262 voyages par habitant et par an, Bordeaux environ 215, Toulouse environ 187 en validations. Les réseaux de taille moyenne, qui perdent au classement en volume, dominent souvent au classement en intensité d'usage. Les deux lectures sont légitimes, elles ne répondent simplement pas à la même question.

Les décomptes de lignes ne sont pas normalisés. Une « ligne de bus » peut inclure ou exclure les lignes scolaires, le transport à la demande, les navettes et les lignes affrétées. Toulouse annonce 163 lignes de bus en comptant 42 lignes scolaires, 4 navettes et 3 TAD, soit environ 114 lignes régulières. Rennes affiche 149 lignes en incluant scolaires et lignes de nuit. Sur un même réseau, deux sources donnent régulièrement deux flottes différentes : 585 bus selon Tisséo, 765 selon une source tierce.

Les budgets ne se comparent pas entre eux. Certaines AOM communiquent un budget global fonctionnement plus investissement, d'autres séparent les deux, d'autres encore ne publient que leur contribution à l'exploitant. Comparer les 16,9 Md€ d'Île-de-France Mobilités aux 628,7 M€ de fonctionnement de Tisséo ou aux 172,7 M€ versés par l'Eurométropole à la CTS n'a aucun sens sans préciser à chaque fois de quoi on parle.

L'écart se creuse entre grands et petits réseaux. L'UTPF mesure, entre le troisième trimestre 2024 et le troisième trimestre 2025, +4,3 % de trafic et +9,2 % de recettes sur les réseaux de plus de 250 000 habitants, contre −4,7 % sur les réseaux de 100 000 à 250 000 habitants et −3,4 % sur ceux de moins de 100 000. Le top 10 va bien. Ce n'est pas le cas de l'ensemble du secteur, et un classement des dix premiers masque précisément cette divergence.

Ce qu'un exploitant peut en retenir

Si vous préparez un benchmark, une réponse à appel d'offres ou un dossier de financement, trois règles suffisent à éviter la majorité des erreurs de comparaison.

Vérifiez l'unité avant le chiffre : voyages, validations et déplacements peuvent varier de 40 % sur le même réseau. Vérifiez le périmètre avant la série : à Marseille, Grenoble et Lyon, le ressort territorial ou l'organisation contractuelle a bougé entre 2023 et 2025, et une hausse peut n'être qu'une absorption. Vérifiez enfin la régularité de la collecte : la moitié des grands réseaux français n'avait toujours pas publié de total annuel 2025 à la mi-septembre 2026, et deux d'entre eux n'ont pas publié 2024.

Cette qualité de donnée n'est pas un sujet de statisticien. C'est un sujet d'exploitation : un réseau qui ne sait pas produire un chiffre de fréquentation fiable, homogène et daté ne peut ni piloter son offre, ni défendre son budget, ni prouver l'effet d'une restructuration de lignes. La collecte automatisée des validations, des kilomètres réalisés et de la ponctualité au niveau du véhicule est aujourd'hui ce qui sépare les réseaux capables de se comparer de ceux qui doivent s'en remettre à une estimation.


Méthodologie. Classement établi sur la fréquentation annuelle 2024, sauf Nice (2023, dernière année publiée). Sources : INSEE, Île-de-France Mobilités, SYTRAL Mobilités, Métropole Européenne de Lille, Tisséo Collectivités, Keolis Bordeaux Métropole Mobilités, RTM, SEMITAN, CTS, Montpellier Méditerranée Métropole, Métropole Nice Côte d'Azur, Rennes Métropole, SMMAG, UTPF, News Tank Mobilités. Les unités et années de référence sont indiquées ligne par ligne ; aucune donnée n'a été extrapolée.

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