Transport public Maroc : une flotte en pleine modernisation, une régulation encore à construire
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Transport public Maroc : une flotte en pleine modernisation, une régulation encore à construire
Le transport public au Maroc vit sa transformation la plus rapide depuis des décennies. Bus, tramway, BHNS et train à grande vitesse : les investissements se comptent en milliards de dirhams et les échéances de la CAN 2025 et de la Coupe du Monde 2030 accélèrent le calendrier. Ce que cette modernisation ne couvre pas encore, c’est la couche opérationnelle qui transforme une flotte neuve en service fiable : le suivi temps réel des véhicules, la régulation des écarts et l’information voyageurs.
Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger : les bus renouvelés à l’échelle nationale
Le ministère de l’Intérieur a lancé un programme national de transport urbain par autobus pour la période 2025-2029, doté d’environ 11 milliards de dirhams (DH) et destiné à l’acquisition de près de 3 700 nouveaux bus dans les grandes villes du Royaume. Une première phase cible 24 autorités délégantes sur 2025-2026, pour l’acquisition de 2 144 bus, financée aux deux tiers par le Fonds d’accompagnement des réformes du transport routier urbain et interurbain (FRAT). Les premières livraisons, environ 1 000 bus, ont démarré dès novembre 2025 dans plusieurs grandes villes.
À Casablanca, le CasaBusway, deux lignes de BHNS inaugurées en mars 2024, a déjà généré près de 5 millions de voyages, et le réseau de tramway, exploité par RATP Dev pour le compte de Casa Transport, devrait dépasser 20 millions de voyages annuels en 2025. Rabat, Tanger, Marrakech, Fès et Agadir renouvellent aussi leurs flottes de bus urbains. Sur le réseau ferroviaire, l’Office National des Chemins de Fer (ONCF) exploite déjà 200 km de ligne à grande vitesse entre Tanger et Casablanca, avec des extensions prévues vers Marrakech puis Agadir. En parallèle, les grandes compagnies d’autocars interurbains comme CTM et Supratours assurent la desserte entre villes sur tout le territoire, un maillage qui pose les mêmes questions de suivi en temps réel que le transport urbain.
Au quotidien, ces réseaux cohabitent avec d’autres moyens de transport très utilisés au Maroc : le petit taxi pour les trajets en ville, le grand taxi ou des compagnies comme Trans Ghazala pour relier deux villes, la location de voiture pour rejoindre des destinations comme Ouarzazate, ou l’autocar pour un trajet confortable entre grandes villes. Ces usages, souvent la première façon de découvrir le pays pour un visiteur, restent en dehors du périmètre de la modernisation portée par le ministère de l’Intérieur.
Tramway, gares routières et ferroviaire : ce que la réforme a déjà livré côté digital
La digitalisation du secteur avance sur plusieurs fronts. La Direction générale des collectivités territoriales pilote un projet de plateforme centralisée pour les gares routières, avec une application web trilingue arabe-français-anglais permettant notamment l’achat de billets électroniques, destinée aux gestionnaires de gares et à la Société nationale des transports et de la logistique. En parallèle, une convention entre le ministère du Transport et de la Logistique et la CDG prévoit une plateforme digitale intégrée pour le transport de marchandises par route, avec suivi en temps réel des véhicules (vitesse, distance, géolocalisation) et chronotachygraphe numérique, dans le cadre de la stratégie Digital Morocco 2030. Le CasaBusway et le tramway de Casablanca disposent déjà d’une billettique intégrée avec paiement par carte bancaire sans contact.
ONCF, CTM, Supratours : la régulation temps réel ne suit pas encore le rythme
Cette digitalisation reste concentrée sur la billettique, le suivi administratif des gares et le fret routier. Elle ne couvre pas encore la régulation en temps réel du transport en commun à l’échelle des réseaux urbains et interurbains : suivi GPS de chaque autocar ou bus, réaffectation dynamique en cas d’écart, diffusion d’un horaire réel aux arrêts. Un réseau de transport qui reçoit des centaines de bus neufs sans plateforme de supervision unique gagne en capacité, mais pas nécessairement en fiabilité perçue par le voyageur, tant que l’écart entre l’horaire théorique et le passage réel reste invisible, que ce soit pour les moyens de transport urbains ou pour les compagnies de transport interurbain.
Une gouvernance du réseau de transport en commun qui se réorganise, une opportunité pour l’outil digital
La réforme ne se limite pas aux infrastructures. Le ministère de l’Intérieur consolide des établissements de coopération intercommunale et des sociétés de développement local, déjà au nombre de 14 établissements et 7 groupements, chargés de la gestion du service dans une logique de mutualisation régionale. Les collectivités sont par ailleurs encouragées à élaborer des plans de mobilité urbaine durable (PMUD). Cette réorganisation institutionnelle est le moment naturel pour choisir un outil de pilotage unique plutôt que de reconduire des systèmes disparates hérités des anciens modes de gestion.
La CAN 2025 et la Coupe du Monde 2030, une fenêtre resserrée
Les mégaévénements sportifs à venir ne sont pas seulement un argument de communication : ils imposent un calendrier. Un opérateur ou une société de développement local qui reçoit sa flotte en 2025-2026 sans plateforme de supervision temps réel arrivera à ces échéances avec des bus neufs mais sans visibilité opérationnelle sur son propre réseau, au moment précis où l’attention internationale sera la plus forte.
Le Maroc a engagé la partie la plus visible de sa réforme du transport public : renouveler une flotte à l’échelle du pays. La partie la moins visible, la régulation temps réel et l’information voyageurs, reste l’étape qui transformera ces investissements en service perçu comme fiable.
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