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Parole d’expert : Nathan Lachaud, responsable data et systèmes métier chez RATP Dev

Chez PYSAE, nous considérons que partager le savoir est essentiel. Aussi, nous avons à cœur de donner la parole à des experts. C’est pourquoi nous nous sommes rapprochés de Nathan Lachaud, responsable data et système métier chez RATP Dev sur le périmètre France et Suisse, qui a accepté de répondre à nos questions. Avec huit années à son actif chez RATP Dev, Nathan maîtrise les systèmes métier. Il accompagne les filiales sur le déploiement de SAEIV, de systèmes billettiques ou encore de vidéoprotection. Depuis un an, il endosse également une nouvelle responsabilité de data manager. Nous l’avons interrogé sur sa vision des SAEIV à l’heure actuelle et dans le futur.

Qu’est-ce qu’un SAEIV selon vous ?

Nathan Lachaud : C’est une question large ! Si je devais donner une définition, je dirais qu’il s’agit d’un système central qui assure une connexion temps réel entre les agents terrain dans leurs véhicules, les responsables d’exploitation et les clients voyageurs. On peut dire que la transmission d’information est au cœur du fonctionnement du SAEIV. Elle permet d’améliorer le fonctionnement de l’exploitation en offrant plus de fiabilité, plus de réactivité et plus d’information aux clients voyageurs. Nous pouvons ainsi réagir en temps voulu.

Je pense au cas de figure où la desserte doit être modifiée sur une ligne. Avec le SAEIV, nous allons être en mesure de programmer ces changements et de transmettre l’information actualisée au conducteur et aux voyageurs. Les récents évènements liés au Covid-19 - confinement et déconfinement - nous ont poussés à être réactifs sur ces sujets. Du jour au lendemain, nous avons dû supprimer ou rajouter des centaines de courses avec des itinéraires plus ou moins spécifiques. Nos filiales équipées de SAEIV ont pu avoir des réponses optimales sur ces sujets.

Quelles sont les principales fonctionnalités pour les utilisateurs d’un SAEIV ?

N. L. : Les premiers utilisateurs, ce sont les conducteurs. Grâce au SAEIV, ils vont pouvoir faire leur prise de service et voir l’enchaînement de leurs courses. En cas de problèmes ou d’embouteillages, ils pourront envoyer un message à l’exploitation. Dans le sens inverse, l’exploitation pourra aussi leur envoyer des consignes. En bref, le SAEIV offre une aide à la conduite non négligeable pour les conducteurs !

Ensuite viennent les exploitants. Un SAEIV positionne en temps réel les véhicules et permet de connaître l’avance-retard à chaque instant. L’équipe d’exploitation peut communiquer avec les conducteurs sur cette base, afin de mener des opérations de régulation. En cas de réclamation voyageur, il peut rejouer une course afin de prouver le bon passage d’un bus par exemple. En tant qu’exploitants, nous récupérons aussi un grand nombre de données. Chez RATP Dev nous consolidons toutes ces données au siège afin de proposer des améliorations aux autorités organisatrices. La fonction « data analytics » ou statistiques du SAEIV est alors très intéressante dans ces cas-là.

Enfin, les SAEIV sont utiles aux clients voyageurs. Ils peuvent retrouver l’information en temps réel sur des bornes d’information voyageurs ou alors, munis de leur téléphone, connaître le temps d’attente à l’arrêt avant le prochain passage ou visualiser l’arrivée d’un véhicule. Aujourd’hui chez RATP Dev, nous proposons systématiquement ce type de services dans nos réponses aux appels d’offres des collectivités.

Quelles sont vos attentes lorsque vous choisissez un SAEIV ?

N. L. : Mon premier critère, c’est la fiabilité du système. Le SAEIV est un système qui va être utilisé tous les jours par un grand nombre d’agents terrain, avec des utilisateurs voyageurs en bout de chaîne très exigeants. Nous avons besoin de solutions robustes.

Pour cela j’ai une préférence pour les systèmes packagés et « disponibles sur étagère ». En effet, notre expérience à RATP Dev montre que les exploitations de taille équivalente ont plus ou moins les mêmes attentes. Des solutions packagées et standard sont donc en mesure de répondre aux besoins de nos filiales. Une solution packagée est toujours optimale en termes de fiabilité. Elle est aussi plus évolutive, plus ergonomique et économiquement intéressante.

La deuxième raison qui va me pousser vers une solution plutôt qu’une autre, c’est son évolutivité. C’est-à-dire un système capable d’évoluer dans le temps. Quand j’achète un système, je veux qu’il ne soit pas obsolète dans cinq ans !

Enfin, à solutions équivalentes, c’est l’ergonomie qui fera la différence. Le SAEIV est un système métier utilisé par des agents terrain et non expert. Il faut que la solution soit facile à utiliser, à la fois pour le conducteur sur son écran et pour l’exploitant. L’ergonomie de la solution garantit que l’ensemble des utilisateurs utilise au mieux le SAEIV et diffuse facilement les informations voulues.

Par « solution packagée », vous voulez dire « solution SaaS » ?

N. L. : En effet, le SaaS correspond totalement à une solution packagée, fiable, évolutive et ergonomique.

Aujourd’hui avec le SaaS, une solution unique est utilisée sur plusieurs exploitations par divers clients. Le déploiement et l’utilisation de la solution sont optimisés. Dans le passé, la mise en place d’un SAEIV était un projet de longue haleine. Nous devions passer par des phases de rédaction de cahier des charges, de développement - souvent long et compliqué, de recette… Alors que maintenant, avec le SaaS, le déploiement devient beaucoup plus rapide.

Pouvez-vous nous parler de la fonctionnalité de guidage GPS bus ?

N. L. : Le guidage GPS bus constitue une innovation intéressante qui offre beaucoup de flexibilité pour l’exploitation. Un conducteur qui ne connaît pas ou peu sa ligne va être en mesure de se former ou de se reformer. La cartographie permet aussi d’afficher les changements d’itinéraires. Plus la gestion des équipes conducteurs est facile et flexible, plus l’exploitation est réactive et performante pour traiter les situations imprévues. Le guidage GPS bus s’inscrit dans une logique d’optimisation de nos processus.

Et la fonctionnalité de géolocalisation des bus ?

N. L. : La géolocalisation est la fonctionnalité de base pour l’exploitation. Nous avons toujours besoin de savoir où sont nos bus ! Autant pour les managers d’équipe que pour les contrôleurs !

La géolocalisation prend toute sa valeur lorsqu’elle est corrélée à d’autres informations d’exploitation remontées par le SAEIV : avance-retard, prises de services, signalements conducteur, etc. Toutes ces informations permettent d’anticiper et de procéder aux actions adéquates pour résorber au mieux les aléas d’exploitation. Nous utilisons pour cela les fonctions de régulation et de communication du SAEIV avec les conducteurs.

Et les systèmes embarqués SIV ?

N. L. : Il est important que le SAEIV pilote aussi l’information visuelle etsonore à bord des véhicules. L’interconnexion permet de s’assurer de la bonne cohérence globale des systèmes et évite au conducteur de faire trop de manipulations. Cela réduit les doubles saisies qui peuvent être source d’erreurs.

Quels sont les attentes des voyageurs en matière de SAEIV selon vous ?

N. L. : Le besoin de base du client voyageur, c’est d’être informé de manière fiable sur l’arrivée de son bus à l’arrêt et le temps d’attente restant. Il veut également être prévenu en cas de perturbation.

Je constate qu’une fonctionnalité se généralise depuis quelques années : la mise à disposition de la géolocalisation du véhicule en plus de celle du temps d’attente. Il est effectivement rassurant pour le voyageur de savoir où se situe le bus. Cela évite la perception de « boîte noire » et d’opacité de certains systèmes.

Quelle évolution prévoyez-vous pour les SAEIV ?

N. L. : Demain nous disposerons d’un plus grand nombre d’informations : données de géolocalisation remontées par les véhicules, données d’exploitation, données de comptage pour connaître le taux de charge en temps réel données de billettique, données vidéo, etc. Il sera intéressant de développer un maximum de connecteurs entre les outils pour faciliter le partage d’informations entre les systèmes et renforcer la création de valeur globale.

Avec la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM), je pense que l’open data – c’est-à-dire l’ouverture des données – va se développer. Nous allons voir apparaître des services qui proposent une information voyageurs en temps réel, et cette information sera globale sur l’ensemble d’un déplacement. En effet, en tant que voyageurs, je suis quotidiennement amené à emprunter plusieurs réseaux ou transporteurs - on parle d’intermodalité. Je cherche donc à avoir une source d’information globale qui agrège les données en provenance des différents SAEIV des transporteurs. Là encore, on voit que la notion de connecteur et de partage d’information entre les systèmes va devenir centrale.

Le mot de la fin ?

N. L. : En bref, le cœur des SAEIV, c’est de partager des informations utiles à tous, dans le but d’aider les exploitants au quotidien et d’améliorer l’expérience du voyageur lors de son trajet avec une information disponible en temps réel et fiable. Globalement, plus nous disposons d’informations, meilleures sont nos décisions !