Interviews

Parole d’expert : Pierre Poumarède, Président du Groupe Avenir Atlantique

Chez PYSAE, nous avons amorcé une démarche de recueil et de partage du savoir. Voilà pourquoi nous menons régulièrement des interviews avec des acteurs et experts dans les domaines du transport et des systèmes de transport. Cette fois-ci, nous sommes partis à la rencontre de Pierre Poumarède, Président du Groupe Avenir Atlantique, le plus gros transporteur indépendant de Nouvelle-Aquitaine. Pierre a partagé avec nous sa vision originale et innovante de son métier et de l’avenir du transport de voyageurs. Voici une synthèse de nos échanges.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Pierre Poumarède : Je ne suis pas du tout issu du monde du transport. Ni par filiation, ni par ma formation. J’ai fait des études juridiques et une école de commerce avant de me diriger dans le conseil. Je suis arrivé dans le monde du transport totalement par hasard en 2014, à la suite d’une opportunité professionnelle. J’ai commencé comme DRH chez Avenir Atlantique. Puis, j’ai eu l’opportunité de grimper les échelons jusqu’à accéder à la présidence du groupe en 2018.

Pouvez-vous nous parler d’Avenir Atlantique ?

P. P. : Avenir Atlantique a été créé en 2017 à l’initiative de trois chefs d’entreprises issus du monde du transport. Arrivés à l’âge de la retraite et n’ayant pas de successeurs, ils ont décidé de fusionner en 2019.

Nous sommes donc une société holding qui regroupe tous les services support de son unique filiale Alliance Atlantique. Notre siège social est implanté dans les Deux-Sèvres et nous intervenons dans trois régions : la région « historique » de la Nouvelle Aquitaine, la région Centre-Val de Loire et la région Bretagne.

Nous possédons trois activités principales :

le transport interurbain, régulier et scolaire, qui représente 80 % de notre activité ;

le transport urbain, en propre ou en sous-traitance, qui compte pour environ 10 % de notre chiffre d’affaires ;

et le transport touristique ou occasionnel, qui représente également 10 % de notre activité.

Notre dernière clôture indiquait un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros, et nous enregistrons une croissance de 10 % en moyenne depuis quatre ans, principalement grâce à une stratégie de croissance interne par l’obtention de nouveaux marchés. Nous employons plus de 500 collaborateurs et possédons 450 véhicules, principalement des autocars.

À quels enjeux avez-vous été confronté lors de la fusion ?

P.P. : Le gros enjeu a été de faire coïncider des cultures d’entreprise différentes sur un territoire vaste et des façons de manager différentes. Il nous a également fallu harmoniser les pratiques. C’est un travail du quotidien.

Notre force, c’est d’avoir une inertie quasi inexistante. Nous sommes agiles et nous nous remettons rapidement en question pour trouver facilement des solutions.

Quelle est votre vision pour Avenir Atlantique dans les dix prochaines années ?

P. P. : Aujourd’hui, nous n’exprimons plus forcément la croissance en termes de nombre de véhicules mais davantage en termes de qualité environnementale et de technologie apportées aux clients et aux voyageurs.

Par exemple, nous travaillons actuellement sur le bouquet énergétique, qui est un enjeu fort de la transition écologique. Aujourd’hui, la quasi-intégralité de notre flotte diesel répond à la dernière norme Euro 6. Nous avons aussi des véhicules qui fonctionnent au biogaz (100 % d’origine contrôlée) ou à l’électrique. Bientôt, nous utiliserons en plus le biodiesel B100. Globalement, notre offre coûte plus cher mais apporte une plus-value plus importante sur le plan environnemental. Nous prenons le pari d’aller dans le sens de l’histoire sur ce sujet-là.

Le deuxième axe de croissance fort, c’est la mobilité digitale et les services associés. Pour ce faire, nous utilisons des systèmes comme PYSAE, et nous investissons également dans de la R&D en interne pour offrir aux voyageurs des services intelligents. Prochainement, nous allons proposer la presse en version numérique en libre accès dans une partie de notre flotte. Nous travaillons aussi sur des problématiques de wifi, et des systèmes de contrôle d’absence d’usagers pour vérifier qu’il n’y a plus personne dans un autocar. Notre objectif à travers ces développements, c’est d’apporter aux collectivités des solutions innovantes à un coût raisonnable.

D’ici dix ans, je voudrais que la part de dépendance du transport pur dans les prestations que l’on offre diminue au profit d’une offre plus diversifiée, qui apporterait de nouveaux services et de nouvelles solutions, en l’occurrence des solutions de transition énergétique et de digitalisation de la mobilité. Notre objectif, c’est d’apporter une plus grande plus-value à nos prestations.

Vers où voulez-vous aller ?

P. P. : Ma vision, c’est que, dans une vingtaine d’années, de plus en plus de véhicules seront automatisés. Par conséquent le besoin en conducteurs sera moins prégnant qu’aujourd’hui.

Or le cœur de notre métier aujourd’hui, c’est de mettre des conducteurs à la disposition des collectivités. Se pose donc la question de notre utilité lorsque les véhicules seront automatisés. Est-ce que les collectivités locales auront encore besoin de nous ?

Voilà pourquoi il me semble urgent de commencer à penser mobilité digitale et mobilité autonome, afin de bâtir une expertise dont les AOM auront encore besoin à l’avenir. Ma plus grande fierté, ce serait qu’à terme, le transport ne représente pas plus de 10% de notre chiffre d’affaires.

Pouvez-vous nous parler de « mobilité digitale » ?

P. P. : La mobilité digitale, c’est tout le parcours d’un voyageur avant, pendant et après le transport. Ce n’est pas l’acte de transport en lui-même, mais tous les outils qu’il utilisera soit pour organiser son transport, soit pour en profiter.

Par exemple, avant le trajet, on va mettre à la disposition du voyageur l’application PYSAE ou encore des systèmes de calcul d’itinéraires. Pendant le trajet, on va lui proposer une offre de service digital (accéder au wifi, à la presse, etc.). Après le trajet, on pourra lui permettre de remonter de l’information en temps réel pour nous aider à améliorer notre service.

La notion de temps réel est essentielle en mobilité digitale. Nous devons pouvoir accéder à l’information, la remonter et la traiter dans un temps très court. Ce qui nécessite l’automatisation d’un certain nombre de tâches.

Quelle est votre vision du transport de voyageurs d’un point de vue industriel ?

P. P. : Aujourd’hui, notre vision, c’est de travailler sur l’automatisation et ne plus dépendre de l’humain pour la collecte des données. On veut, par exemple, récupérer un kilométrage automatiquement sans demander au conducteur de le saisir à la main. De même, on ne veut plus avoir à effectuer de traitement papier pour les remontées terrain.

Il faut bien comprendre que notre premier client à nous transporteurs – avant les voyageurs et les collectivités – ce sont nos conducteurs. Nous devons donc d’une part leur faciliter la vie pour qu’ils fassent leur travail sereinement, et d’autre part conserver un haut niveau de données et de qualité dans la donnée. C’est là tout le travail autour du Big Data et de l’analyse des données. Nous sommes des mines d’or en matière d’information, notamment concernant les origines et les destinations des voyageurs. Le but du jeu consiste à être en mesure de les exploiter de façon utile pour en tirer des conclusions et conseiller efficacement nos clients que sont les AOM.

Nous avons mis en place de nombreux dispositifs comme PYSAE qui nous permet d’avoir accès à une donnée fiable, en temps réel. Avant PYSAE, quand un incident survenait sur le réseau, le client nous appelait et nous appelions ensuite le conducteur pour savoir ce qui se passait. Le problème, c’est que le conducteur n’a pas le droit de décrocher car il conduit. Il y avait donc un délai de latence dans la réponse.

Aujourd’hui, avec PYSAE, nous n’avons même plus besoin d’appeler le conducteur ; nous regardons directement ce qui s’est passé et nous corroborons ou non l’anomalie remontée par le voyageur. Nous disposons de l’information en temps réel, si bien que nous n’avons plus à déranger nos conducteurs. Et cerise sur le gâteau, nous pouvons même rediriger le voyageur vers l’application qui aurait pu lui remonter cette information.

Comment standardisez-vous votre organisation ? Utilisez-vous des outils externes ou les développez-vous vous-même ?

P. P. : Les deux !

Historiquement, nous utilisons beaucoup d’outils développés par des tiers. Notre cœur du réacteur dans le transport, c’est le planning. Il existe aujourd’hui seulement trois solutions sur le marché, qui fonctionnent sur des briques technologiques anciennes. Elles sont ultra standardisées et ne répondent pas forcément à nos besoins.

C’est pourquoi nous développons nos propres outils, principalement des interfaces pour interroger les différentes bases de données et nous restituer de l’information sous la forme que l’on souhaite. Pour ce faire, nous avons des compétences en interne et faisons appel à des prestataires externes issus du tissu économique local.

Comment améliorez-vous la productivité de votre exploitation ?

P. P. : Le cœur du réacteur dans le transport de voyageurs, c’est l’optimisation de l’exploitation.

Pour cela, on s’appuie sur l’humain, qui est absolument vital, notamment là où les outils sont trop complexes et onéreux.

Un autre secret pour améliorer notre productivité, c’est de disposer d’une information de qualité, fiable et qualifiée, et ce, le plus rapidement possible pour agir tout de suite.

La productivité passe enfin par l’automatisation d’un certain nombre de tâches, qui hier prenaient du temps. Nous sommes ainsi en mesure de faire monter en compétences nos salariés sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.

Notre stratégie c’est donc d’optimiser notre fonctionnement, notre structure, la remontée et la qualité de l’information pour optimiser notre exploitation.

Échangeons

Si vous souhaitez savoir comment PYSAE peut vous aider à optimiser votre exploitation, vous pouvez nous écrire à contact@pysae.com.

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