Interviews

Paroles d’expert : Stéphane Delcourt, Président du Groupe Delcourt

Chez PYSAE, nous avons amorcé une démarche de recueil et de partage du savoir. Voilà pourquoi nous menons régulièrement des interviews avec des acteurs et experts dans les domaines du transport et des systèmes d’information liés au transport. Cette fois-ci, nous avons interviewé Stéphane Delcourt, Président du Groupe Delcourt. Stéphane nous a parlé, entre autres, de taille critique, de régionalisation, d’énergies propres, d’information des voyageurs et de qualité de service. Voici une synthèse de nos échanges.

Stéphane, pouvez-vous nous dire quelques mots sur vous ?

Stéphane Delcourt : J’ai 43 ans et je suis président du Groupe Delcourt, une entreprise familiale que j’ai rejointe en 2000. Avant d’arriver à la présidence du groupe, je suis passé par tous les postes, depuis la conduite jusqu’à la direction en passant par l’exploitation. En parallèle, j’ai effectué des études généralistes, pas forcément orientées « transport », mais qui m’ont donné les armes et les munitions pour savoir gérer une entreprise. Bien entendu, je suis aussi détenteur de l’attestation de capacité transport de voyageurs.

Pouvez-vous nous parler du Groupe Delcourt ?

S. D. : Le Groupe Delcourt est organisé en deux entités : les Autocars Delcourt – notre activité principale – et SLAM Delcourt – la filiale de transport urbain de Saint-Lô Agglo. Nous réalisons, chaque année, 10 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Avec Autocars Delcourt, nous proposons des services de transport scolaire, interurbain et touristique/occasionnel dans l’Eure et dans la Manche. Le transport régulier compte pour 70 % de notre activité.

Autocars Delcourt est une entreprise familiale dont je suis la deuxième génération. Notre croissance a été importante sur un laps de temps assez court. Nous comptons en effet 200 salariés et sommes passés de 30 à 200 véhicules en un peu plus de 30 ans. Nous avons aujourd’hui plusieurs dépôts, à Évreux, à Gisors, à Saint-Lô et à Carantan près de Cherbourg. Nous disposons aussi de petits centres dans des villages. Notre structure commence à être bien établie.

Maintenant que nous avons atteint une taille critique, nous avons à cœur d’asseoir ce que l’on a et de bien faire notre métier. Pour cela, le fait d’être indépendant est un atout.

Quelle est votre vision du transport de voyageurs, notamment dans l’interurbain ?

S. D. : Aujourd’hui, nous observons un phénomène de concentration net et visible dans le secteur du transport de voyageurs, avec des poids lourds très présents sur le terrain.

Pour continuer d’exister et de peser dans les débats, il faut désormais avoir une taille critique. C’est la seule manière d’avoir les moyens matériels et humains nécessaires pour aller au-devant des autorités organisatrices et répondre à des appels d’offres qui ont tendance à être plus conséquents qu’auparavant.

Pensez-vous que c’est la régionalisation qui a changé la donne ?

S. D. : Il y a d’abord eu l’émergence des groupes et leur présence de plus en plus importante sur le terrain.

Mais il est clair que la régionalisation a aussi engendré une complexification de la demande.

Actuellement, les AOM sont de plus en plus exigeantes concernant la partie marketing, financière, technique ou encore environnementale. Pour pouvoir répondre à leurs attentes, il faut donc avoir ces compétences en interne.

Par ailleurs, nous constatons que les lots sont plus gros qu’avant. Pour les entreprises où il y a moins de ressources, c’est plus compliqué d’y répondre et les plus petits transporteurs ont désormais du mal à exister par eux-mêmes. En effet, si un transporteur ne possède pas suffisamment de véhicules en propre, il n’aura pas d’autre choix que de répondre en partenariat ou en-dessous d’un autre transporteur.

Bien sûr, tout dépend du type de marché. Quand on répond en tant que futur délégataire de service public, la réponse est lourde et fait intervenir différents domaines, pas toujours liés au transport. Mais, pour les marchés publics également, on nous demande désormais de fournir beaucoup d’informations qu’on ne nous demandait pas avant (graphicage ou autre).

Pouvez-vous nous parler des nouvelles attentes des collectivités en matière de qualité de service, d’informations des voyageurs, de MaaS et de transition écologique ?

S. D. : Il y a aujourd’hui une véritable prise de conscience. Avant, ces éléments étaient abordés dans les appels d’offres mais pas forcément suivis sur le terrain. Aujourd’hui, les AOM y font davantage attention. Cela peut être un critère de qualité dans l’évaluation de l’offre, et, dans l’exploitation, les AOM nous demandent de rendre des comptes sur ces sujets. Les notions environnementales notamment sont centrales. 

La transition écologique sera incontournable d’ici quelques années, les AOM voulant aller vers les énergies propres de la façon la plus rapide possible. En tant que transporteurs, nous devons nous adapter. Par exemple, chez Autocars Delcourt, nous avons déployé en 2019 deux véhicules 100 % électriques dans l’agglomération de Saint-Lô. En Normandie, nous faisons également rouler un véhicule GNC.

Cette remise en cause globale est intéressante et permet de faire évoluer les habitudes. Mais si les véhicules électriques et gaz sont fiables, il y a quand même une multitude d’enjeux à prendre en compte, comme la sécurité pour les bus GNV, la question du ravitaillement en gaz ou encore l’enjeu de l’autonomie des véhicules électriques.

Est-ce que les besoins des voyageurs ont évolué ces dernières années ?

S. D. : Globalement, la demande reste la même. Les voyageurs ont toujours besoin d’être correctement informés.

La solution PYSAE me parle aujourd’hui car je suis très favorable à une solution qui permet de savoir où est son moyen de transport en temps réel. Cela devrait même être systématique, à la fois pour les réseaux urbains mais aussi pour les lignes régulières. Aujourd’hui, ce critère ne figure pas dans les appels d’offres pour les marchés publics, mais nous avons toute latitude de le proposer dans les DSP car il offre une vraie valeur ajoutée. 

Chez Autocars Delcourt, nous avons vraiment été précurseurs en la matière. Il y a quelques années de cela, quand nous détenions 30 véhicules, la moitié était géolocalisée, principalement les véhicules de tourisme. À l’époque, il a fallu travailler dur pour emporter l’adhésion des conducteurs car le dispositif était tout nouveau et ils craignaient que l’outil ne serve à les surveiller.

La géolocalisation est aussi un outil précieux pour l’exploitation : il permet de savoir géographiquement où sont les véhicules. Bien sûr, sur nos 200 véhicules, tous ne sont pas géolocalisés avec un SAEIV. Mais le dispositif permet de pouvoir répondre précisément lorsqu’il y a une réclamation, notamment face aux AOM qui sont particulièrement vigilantes sur la qualité de service. Grâce au SAEIV, nous pouvons apporter la preuve de notre qualité de service à la collectivité.

Après, il faut prioriser : est-ce que ce dispositif est réellement pertinent sur un véhicule scolaire qui effectue 50 kilomètres le matin et 50 kilomètres le soir ? Inversement, dans l’interurbain, il nous faut a minima un système de géolocalisation. Avoir un SAE, c’est un plus. Aujourd’hui, nous géolocalisons nos véhicules en fonction de leur utilisation. Mais globalement, nous observons une vraie volonté des AOM d’aller dans le sens de la géolocalisation.

À terme, voulez-vous rester sur votre cœur de métier ou envisagez-vous de vous diversifier ?

S. D. : Bien faire notre métier est notre priorité et c’est pourquoi nous essayons de verrouiller tout ce que nous faisons en matière de service. Car il ne faut pas oublier que nous transportons avant tout des gens.

Bien faire notre métier notamment par le fait de bien former les conducteurs : les recevoir, leur expliquer les itinéraires et toutes ces choses dont on ne parle pas et qui sont très importantes. Dans un contexte de turnover important des conducteurs, le fait d’avoir une taille critique nous donne un avantage, celui d’avoir plutôt des candidatures d’avance. Avoir une structure importante et rayonner sur un territoire également important nous donne en effet plus de visibilité.

Que mettez-vous en place pour standardiser votre organisation ?

S. D. : Nous écrivons nos process et essayons de les respecter.

Nous possédons également des logiciels métiers : graphicage, exploitation/planning, atelier, géolocalisation, SAEIV… Ces outils fonctionnent et sont indispensables.

Enfin, depuis quelques années, nous renforçons nos services commerciaux et marketing. C’est surtout le cas avec l’urbain de Saint-Lô Agglo, qui requiert plus de marketing. Désormais, nous produisons nos propres visuels pour valoriser les enjeux de la mobilité ou les samedis gratuits !


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